Depuis la crise sanitaire de 2020 et la guerre russo-ukrainienne, la Côte d’Ivoire, comme de nombreux pays africains, fait face à une hausse vertigineuse des prix des denrées alimentaires. Les foyers ivoiriens ressentent chaque jour le poids de cette inflation, et les commerçants peinent à maintenir leur activité face aux coûts croissants. Chaque jour, les familles redoublent d’ingéniosité pour s’adapter à cette inflation galopante.
Le marché gouro d’adjamé, l’un des plus gros marchés de produits vivrier en Côte d’ivoire. Crédit photo : Ami korobara
Les ménages face à des choix difficiles
Mercredi 21 octobre, il est environ midi, dans le quartier des Oliviers situé derrière le centre commercial Sococé, Latifatou, 23 ans, surveille sa sauce tomate tout en faisant la vaisselle. La jeune mère témoigne des restrictions imposées par la flambée des prix : « Sur le marché, les choses sont chères, mais on n’a pas le choix, il faut nourrir la famille », confie-t-elle. Avec la viande à 3 000 FCFA le kilo, elle opte désormais pour le poisson. « Mon mari prend un sac de riz de 5 kg à 3 800 FCFA ; on s’organise comme on peut ».
Les ivoiriens font face à une bataille quotidienne pour nourrir leurs familles.
Grâce, une jeune femme d’une vingtaine d’années, vit avec sa sœur et se tourne vers des produits de saison plus abordables. Ce jour-là, elle cuisine une sauce aubergine au poisson fumé. « La viande, cela fait depuis trois mois que je n’achète plus. Le riz coûte cher, donc on mange du foufou et du foutou à la place », raconte-t-elle, en ajustant son budget au gré des saisons.
Dans la famille « K », un foyer de huit personnes, la gestion du budget alimentaire devient critique. « Quand j’ai cinq mille FCFA, je n’arrive pas à acheter du riz, de l’huile, de la viande et des condiments. Nos maris font de leur mieux, mais c’est difficile », explique la cuisinière, qui se rabat souvent sur des plats économiques comme le lafri (riz au poisson fumé).
Les commerçants et producteurs impactés par la crise
Si l’inflation touche les consommateurs, elle impacte aussi durement les commerçants locaux, dont les revenus sont en déclin.
Au marché d’Abobo Kennedy, Assata Bamba, veuve et mère de quatre enfants, peine à boucler les fins de mois. « À midi, je paie le repas pour deux enfants, les autres mangent chez leurs patrons. C’est dur, mais Dieu est grand », dit-elle en souriant tristement.
Dame ‘Y’, productrice d’attiéké, voit ses coûts exploser avec le prix du manioc, atteignant parfois 300 000 FCFA la bâchée, contre 200 000 FCFA auparavant. « On ne gagne plus rien, mais que faire ? », dit-elle, évoquant également la hausse du carburant et les péages.
Aicha, vendeuse de beignets, subit l’augmentation des prix de la farine et de l’huile, impactant directement ses revenus. « Le mil est passé de 300 à 700 FCFA le kilo, la farine de 250 à 600 FCFA. L’huile aussi a augmenté à 1200 FCFA contre 800 FCFA auparavant », explique-t-elle, avec des marges réduites et des bénéfices en chute libre.
Les céréales et autres produits de base frappés de plein fouet .
Pour les céréales, produits de base des ménages, la situation devient alarmante. Au marché Gouro d’Adjamé, Philomène, vendeuse de bananes plantain, explique que la flambée des prix modifie le quotidien des familles : « Aujourd’hui, une grande partie des récoltes de la banane plantain est exportée vers le Mali et le Burkina, et les prix s’envolent même durant la saison.
Assata Bamba derrière son étal de piment au marché
d’abobo Kennedy.
Fatim, grossiste de céréales, évoque les problèmes d’approvisionnement liés à l’insécurité dans les régions productrices : « Le sac de mil de 100 kg coûte aujourd’hui entre 49 000 et 50 000 FCFA, alors qu’il était à 25 000 FCFA il y a huit ans. Le haricot, lui, est monté jusqu’à 90 000 FCFA le sac de 100 Kg qu’on achetait tout au plus à 40.000 FCFA », explique-t-elle. Ces augmentations, dues au terrorisme, aux intempéries et aux pénuries de main-d’œuvre, pèsent lourdement sur les petites exploitations et les marchés locaux.
Ousmane Doho, vendeur de céréales à Adjamé depuis 20 ans, constate-lui aussi les conséquences des intempéries et de la crise. « Cette année, les fortes pluies ont détruit beaucoup de récoltes. Le sac de mil est passé à 50 000 FCFA, et le haricot à 90 000 FCFA. Nos revenus sont en baisse », se lamente-t-il.
Une charge insoutenable malgré les mesures de soutien
Face à ces difficultés, le gouvernement a introduit quelques mesures d’allègement, notamment en Espace de Espace de vente de céréales à adjamé forum.
Plafonnant certains produits comme le riz, le sucre, l’huile et le lait. Mais pour les consommateurs, la nourriture reste un défi constant, et le pouvoir d’achat diminue inexorablement face à des prix toujours plus élevés Une réalité écrasante pour les foyers ivoiriens, et l’attente de solutions durables se fait pressante.