
Chaque année, les Sénégalais commémorent le Grand Magal de Touba, une fête religieuse majeure en hommage à Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme et figure de résistance à la colonisation. Si cette célébration attire plus de six (6) millions de mourides à Touba au Sénégal, en Côte d’Ivoire, la communauté sénégalaise se rassemble pour marquer cette journée sacrée. Immersion au cœur de cette célébration, où spiritualité, générosité et solidarité s’entremêlent.
Le Magal de Touba : une tradition sénégalaise célébrée au cœur de Treichville
En ce vendredi 23 août 2024, la communauté sénégalaise de Treichville s’est réunie à la mosquée sénégalaise située à l’avenue 14 rue 38 pour célébrer le Grand Magal de Touba, l’une des fêtes religieuses les plus importantes du Sénégal. Je m’y rends aux environs de midi, accompagnée d’une amie sénégalaise dont la mère est partie fêter au Sénégal. Comme sa mère, de nombreux sénégalais se rendent au Sénégal pour le Magal, ceux n’ayant pas pu se retrouvent dans un endroit précis pour cette célébration comme c’est le cas à la mosquée sénégalaise ce jour. Sur place, l’ambiance est palpable. Sous de grandes bâches, des hommes et des femmes s’affairent autour de marmites bouillonnantes, tandis que des prières et chants religieux résonnent en l’honneur de Cheikh Ahmadou Bamba.
Quel est l’origine du Magal ?
Monsieur Abdou Seye, mon guide du jour, m’accueille et m’explique les origines de cet événement. Le Magal, commémoré chaque 18 Safar du calendrier musulman, rappelle l’exil de Cheikh Ahmadou Bamba au Gabon en 1895. Fondateur du mouridisme, Cheikh Bamba fut contraint par l’administration coloniale à quitter le Sénégal pour le Gabon, une tentative de freiner le développement de ce mouvement spirituel. « Cheikh Ahmadou Bamba a traversé de nombreuses épreuves en exil, mais il y a vu des signes de Dieu. C’est ce que nous commémorons lors du Magal : sa patience et sa foi face aux épreuves », précise M. Seye.
Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme.
Cette célébration est marquée par plusieurs temps forts.
Au fil de la journée, plusieurs temps forts marquent la célébration : les récitations de khassaides qui sont des poèmes religieux écrits par Cheikh Ahmadou Bamba lui-même. Ses poèmes honorent Dieu et transmettent des enseignements spirituels et éthiques. « Cheikh Bamba a écrit pour guider l’être humain, sur la religion, mais aussi sur la manière de se comporter. C’est pour cela que nous récitions ces textes », m’explique le guide.
Récitation des khaissaides en mémoire de Ahmadou Bamba.
Les Baïfalls (talibés) occupent une place importante dans cette célébration.
Les baïfalls, facilement reconnaissables à leurs vêtements colorés, jouent un rôle central dans l’organisation de l’événement. Ils prennent en charge toutes les tâches logistiques : de la préparation des repas à la distribution du café Touba, en passant par l’accueil des invités. Ils vous servent à volonté le café Touba (café sénégalais) et le thé sourires aux lèvres. Ils symbolisent le service et la dévotion au sein du mouridisme. « Ce sont eux qui s’assurent que tout se passe bien, en veillant aux tâches du quotidien », me confie M. Seye qui est lui-même baïfall.
La générosité est également est l’une des vertus de cette journée à travers la ‘ Hadya’, un acte de générosité

Le Magal est aussi une occasion de montrer sa générosité à travers la Hadya, ou les offrandes. Chacun donne selon ses moyens, que ce soit 100 francs CFA ou 10 000 francs CFA, toute somme est la bienvenue. « La Hadya, c’est l’offrande que nous faisons pour contribuer à cette célébration. C’est avec ces dons que nous organisons tout », précise M. Seye en désignant une bâche où les contributions sont recueillies.

« À Touba par exemple au Sénégal, il n’y’a ni impôts ni paiement de facture, tout est gratuit grâce aux dons » souligne-t-il. Conséquence, l’administration coloniale avait du mal à collecter les impôts. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui avait poussé les colons à extrader Cheikh Ahmadou Bamba.
Un repas communautaire en guise de clôture.
Les baïfalls en pleine préparation des différents mets.
Au terme de cette journée empreinte de spiritualité et de fraternité, les participants se retrouvent pour partager un repas communautaire, servi selon une tradition précise. « La nourriture est d’abord offerte symboliquement au Cheikh de la mosquée avant d’être ensuite partagée à tous », me dit le guide. La célébration se poursuit jusque tard dans la nuit, dans une ambiance de reconnaissance et de prière.
Chaque année, le Grand Magal de Touba réunit la diaspora sénégalaise en Côte d’Ivoire, témoignant de l’attachement indéfectible des fidèles au message de Cheikh Ahmadou Bamba. Entre ferveur religieuse, générosité et solidarité, cette fête demeure un moment fort pour la communauté.