La semaine dernière a été marquée par deux décisions significatives en faveur des femmes en Afrique de l’Ouest. En Côte d’Ivoire, le gouvernement a annoncé l’allongement du congé de maternité des fonctionnaires de trois à six mois, tandis qu’au Ghana, le gouvernement a instauré la gratuité des serviettes hygiéniques pour les adolescentes scolarisées. Deux mesures qui soulèvent autant d’espoirs que de débats, mais qui témoignent d’une volonté politique d’améliorer les conditions de vie des femmes.

L’annonce du prolongement du congé de maternité pour les fonctionnaires ivoiriennes a été largement relayée sur les réseaux sociaux et les médias locaux. Cette mesure vise à offrir aux mères plus de temps pour récupérer physiquement et émotionnellement après l’accouchement, et à réduire le stress lié à la reprise du travail. Selon Gninagafol Soro, Directeur de la Fonction Publique, « l’idée est de permettre aux femmes d’être bien dans leur tête et de générer moins de stress à leur retour ». Une position partagée par plusieurs associations féministes, dont la Ligue ivoirienne des droits des femmes, qui salue une avancée favorisant un « environnement de travail plus inclusif et équitable ».
Un congé maternité prolongé, entre soulagement et inquiétudes.
Cependant, cette mesure suscite également des craintes sur les réseaux sociaux relativement au secteur privé et chez les entrepreneurs. Certains redoutent une application future à leur secteur, estimant que six mois d’absence pourraient affecter la productivité et freiner l’embauche des femmes à des postes stratégiques. D’autres s’interrogent sur le sort des travailleuses non déclarées, qui ne bénéficieraient pas de cette extension. Si cette réforme marque un pas en avant pour les femmes du secteur public, des ajustements et une réflexion plus large seront nécessaires pour garantir une équité entre toutes les travailleuses.
Les serviettes hygiéniques gratuites au Ghana
Si les congés de maternité font grand bruit en Côte d’Ivoire, au Ghana voisin, la gratuité des serviettes hygiéniques est un soulagement pour de nombreuses adolescentes et leurs familles.
En effet, le Ghana a pris une décision inédite pour améliorer la santé et la scolarisation des jeunes filles : les serviettes hygiéniques seront désormais gratuites pour toutes les élèves du primaire et du secondaire. Avec un budget de 292,4 millions de cédis (11,4 milliards de FCFA), cette initiative vise à réduire l’absentéisme scolaire lié aux menstruations. Selon l’UNFPA, une fille sur dix en Afrique subsaharienne manque l’école à cause d’un accès limité aux protections hygiéniques. Jusqu’à présent, au Ghana, les serviettes hygiéniques étaient soumises à une taxation de 32,5 %, faisant grimper leur prix jusqu’à 1 559 FCFA par paquet, un coût pas très abordable pour de nombreuses familles. En conséquence, certaines jeunes filles étaient contraintes d’utiliser des alternatives peu hygiéniques, mettant leur santé en danger.

Avec cette initiative, le Ghana rejoint d’autres pays engagés contre la précarité menstruelle comme le Kenya qui distribue gratuitement des serviettes dans les écoles depuis 2017, l’Afrique du Sud qui a supprimé la TVA sur les protections hygiéniques depuis 2019, l’Écosse, premier pays à rendre les protections hygiéniques totalement gratuites en 2020. Des initiatives encourageantes, mais encore incomplètes Que ce soit en Côte d’Ivoire ou au Ghana, ces réformes marquent des avancées importantes pour les droits des femmes. Toutefois, elles ne concernent pas encore toutes les femmes et jeunes filles.

En Côte d’Ivoire, si le décret du congé de maternité est une avancée pour les fonctionnaires, les travailleuses du secteur privé et informel restent pour l’instant exclues. Une réflexion s’impose pour élargir ces bénéfices sans pénaliser les employeurs. Au Ghana, la gratuité des serviettes hygiéniques est un soulagement pour les écolières, mais qu’en est-il des adolescentes non scolarisées, qui restent confrontées à la précarité menstruelle ? Ces décisions posent ainsi la base d’une réflexion plus large. Et si d’autres pays africains suivaient ces exemples ? En étendant ces mesures à toutes les femmes, l’Afrique pourrait franchir un cap important en garantissant une meilleure maternité aux femmes et favorisant l’éducation et la santé menstruelle des jeunes filles.